L’entretien du bonheur

Publié le par Anne C

Imaginez. Imaginez que vous sollicitez un entretien avec votre DRH parce que vous êtes en CDD, que l’horloge tourne et qu’à midi moins le quart vous avez rendez-vous avec le chômage. Donc cet entretien vous le préparez : le matin vous vous habillez nickel, au bureau vous regardez votre montre tous les quarts de minutes, avec un bloc entier de post-it collés partout pour ne pas passer à coté de l’entretien de la dernière chance. Finalement arrive l’heure H et, tendue comme un string vous vous levez pleine de courage, aussi préparée à cet entretien qu’un pion de la Finule au Liban. Petite touche de gloss qui va bien, votre bloc note au bras (parce que dans un entretien de ce genre, quand on est stressée, c’est mieux de tripoter un bloc note que de s’allumer un clope) et vous foncez vers le quatrième étage, l’étage qui fait peur. Vous arrivez à l’heure, vous avez préparé l’entretien, vous êtes sûre de vous, portez Nana. Bref, petit contretemps, Mr RH (Ravitaillement Humain) s’est apporté son casse croûte. Pas de problème, c’est qu’il doit se sentir à l’aise, et puis, cette petite mayonnaise maison autour de sa bouche vous aide à le voir comme un être humain.

Donc aussi débordante de motivation que la sauce aux herbes du Big Mac, je lui expose le plus sérieusement du monde les raisons de cet entretien. Cela fait plusieurs années que je veux travailler chez vous, cela fait maintenant 6 mois que j’ai intégré la société, un bilan me permettrait d’analyser ce qui a été fait, ce qui reste à faire, les recadrages si besoin, bref, je lui explique que je suis motivée et décidée à faire mon travail au mieux afin d’atteindre mes objectifs etc bla bla bla… Là, Monsieur RH, me laisse poliment finir de parler, s’essuie les coins de la bouche, pose ses trois doigts de la main gauche sur la table et prend un air sérieux, genre je vais te sortir un truc tellement intelligent que tu ferais mieux de noter. Bref, je sors mon stylo, et m’apprête à retranscrire le 11eme commandement avec rigueur quand mes oreilles mes jouent un sale tour « vous savez mademoiselle, je pense que vous être trop souriante, vous être tellement souriante que cela pourrait passer pour de la légèreté ». Boum. Euh… Une fois ma tête désincrustée du mur de derrière, j’essaie d’analyser un peu mieux les choses. Je lui demande poliment ce qu’il entend par là et sur quoi il se base pour qu’il me réponde le plus naturellement du monde « oh, disons que ce sont des bruits de couloirs ». Ah. Faudra que j’aille le voir Couloir, parce que question faux cul… Bref. Ce sur quoi je lui demande, toujours le plus poliment du monde, s’il pensait que les bruits de couloirs seraient différent si je faisais la gueule autrement dit « reconnaît on quelqu’un de compétent au fait qu’il tire la gueule au boulot ? » J’avoue n’avoir jamais vues les choses sous cet angle, et cet angle la était plutôt anguleux. « Non, non… Mais disons que chez XX on préfère que les gens… disons… rentrent dans le moule » Ah. Bon. Je me dis que je remettrais ce questionnement interne sur les critères d’évaluation dans l’entreprise à un soir de profonde solitude et je tente de revenir à mes moutons, qui s’éloignaient un peu trop loin à mon goût. « Voilà, comme vous le savez je suis en contrat à durée déterminée (aussi appelé TOBT) et je souhaiterais vous renouveler ma motivation et mon souhait de poursuivre sur du plus long terme … bla bla bla Je conçois tout à fait que ma mission actuelle ne soit pas vouée à se transformer en poste pérenne mais comme vous pouvez le voir sur mon CV, je suis en mesure de … polyvalence … bla bla bla, bref, je lui explique que j’aime cette boite, que j’en veux, que mon projet professionnel ceci etc.. Et le pire c’est que c’était sincère ! Là je vois Mr RH qui reprend son air sérieux et qui me répond avec toute l’honnêteté du monde, «  mais vous savez mademoiselle chez X, on n’aime pas les gens qui vous supplient du travail. C’est comme dans la vie en fait, plus on vous demande quelque chose et moins on a envie de le donner ». Heureusement que le mur de derrière était un mur porteur, car j’ai vraiment cru que cette fois ma tête allait le faire tomber… Ah. Bon. Très bien. Je décide de ne pas insister. Après l’avoir remercié de m’avoir reçue, je reprends mon bloc note, je me lève de ma chaise, je me dirige vers la porte, je nettoie au passage les restes de mon crâne et de mon ego sur le mur et je retourne tranquillement à mon bureau.
 
On me dit très souvent que j’en veux, qu’avec ma personnalité j’arriverai à tout, que surtout, surtout, je dois rester moi même etc. Mais en y réfléchissant un peu plus, je ne suis plus très sûre que ce soit une bonne chose de rester soi-même. La personnalité c’est un peu comme l’art contemporain, tout le monde trouve ça super, chez son voisin.
 
Moralité : quand vous traversez les couloirs de votre entreprise, surtout si vous êtes en CDD, ne souriez pas.
Autre moralité : si vous traversez les couloirs de votre entreprise, que vous êtes en CDD, et que vous ne pouvez pas vous empêcher de sourire, faîtes semblant d’être au téléphone.

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Nicolas 25/03/2007 16:22

Eh bien! on dirait que tu bosses chez nous!
Dernierement, petite évaluation à mon entreprise, et j'obtiens une note de 2/5 en informatique. Il faut savoir que je suis bachelier et spéaliste en informatique, que je gère toute l'entreprise quasiment tout seul...
bref, je n'ai pas eu le courage de rebondir, etant trop fracassé contre le mur. Ce n'est que plus tard que l'explication me fut donnée : Je suis trop social. J'aime discuter avec mes collègues, faire le point des choses, etc..
Ce qui ne plait pas a la direction car alors, il est plus difficile pour eux de manipuler les gens (ils sortent du moule).
Moralité : Tu es quelqu'un de bien (tout comme moi), mais cette entreprise ne pourra rien t'aporter, tant que des trou du c** seront à la direction.
Moralité 2 : Ils ne te mérientent pas.

Juliette 11/11/2006 12:35

Je suis passée par plein d'émotions contradictoires en lisant ton encore une fois brillant papier et y'a deux ou trois trucs quand même que je tiens à te dire :
1. Si vraiment ton interlocuteur traduit la culture de la boîte, c'est juste que c'est une boîte de merde qui ne te mérite pas. Et si c'est juste une projection de ton interlocuteur engoncé dans les préjugés et les "c'est comme ça" d'un autre âge, pareil... vu que c'est la boîte qui a recruté cet RH préhistorique !
2. C'est définitivement et incontestablement un atout de savoir faire ce que tu as fais : demander ce qu'on veut et savoir se vendre. Trop de femmes n'évoluent pas en entreprise tout simplement parce qu'elles attendent que l'évolution leur tombe dessus. Dis-toi que là, c'était juste l'exception qui confirme la règle.
Mais de toute façon, ce post datant d'aout, l'eau a coulé sous les ponts. N'empêche, ça me fait penser au début de ma carrière où j'avais effectivement ce "problème", j'étais légère et souriante et personne ne me prenait au sérieux, sinon mes managers qui voyait la qualité et la somme de travail que j'abattais. Et puis petit à petit, ça a changé, je suis même devenue un modèle et de plus en plus de gens voulaient travailler avec moi parce qu'on aprenait énormément dans une bonne ambiance, alors surtout NE CHANGE PAS !!!

DRH 06/09/2006 13:22

Ce qui s'est passé: Au lieu de te dire qu'il n'avait aucun pouvoir dans sa boite, et surtout pas la possibilité de te prolonger ou de te trouver autre chose, il a voulu sauver son égo, se rendre important pour éviter de te dire qu'il ne l'était en fait pas.... Dans ces cas là, quelle meilleure défense que l'attaque?
Mais en tout cas, pas de ratal pour toi, et encore moins de prise de tête à te faire sur ce qu'il a pu te dire....
Lindsay Owen-Jones dit quand même: "pour "réussir", il faut montrer que l'on est disponible pour affronter tous les challenges". Le seul commentaire "interessant" (même si certainement pas du tout pertinent dans ton histoire) de ce DRH est de dire que ce ne sert à rien de dire que l'on est interessée, il faut le montrer par l'action, donner envie, pour que les gens décident eux mêmes d'offrir autre chose...
Bon courage chez Mickey!

Thulip 30/08/2006 13:44

Je suis tout simplement ahurie. Ce type est manifestement incompétent. Je ne vois pas d'autres explications. Je suis sûre que tes qualités ne manqueront pas d'être appréciées par des personnes un peu plus sérieuse (parce que le manque de crédibilité, ce n'est pas ton sourire mais son attitude...). Bon courage et reste motivée (avec le sourire !!!)  :-)

Franck 28/08/2006 20:13

bonsoir  AncéJ'avai justement hésité longuement entre le tragic et le commique, ne sachant pas choisir j'ai opté pour le dramatique. Enfin vous m'avez fait une grande frayeur ce ne pouvait vraiment pas être vous. Justement demandez Plus. Je vous propose tous de même pour amortir vos coût de me vendre votre exemplaire, une foi que vous l'aurez fini, bien sur de « Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Venus » : a 12€ . Je ne le trouve pas sur le marché de l'ocase et ça manque a ma culture je vous en offre 4€ et si il y des marque de jabon beure je vous en offre 5€ je ne suis pas fétichiste mais le jambon beur est une critique implacable on pourais presque l'appeler l'énième de couverture.j'avais j'amais imaginé .....  merci tous de même pour le point de vue Bon Mardi Franck